Et si la disposition de clavier que tu utilises depuis toujours faisait travailler tes doigts presque deux fois plus que nécessaire ?
La plupart d’entre nous ne remettent jamais en question leur clavier. En France et en Belgique, c’est l’AZERTY ; en Suisse romande, le QWERTZ suisse ; au Canada, le canadien français, qui garde les lettres du QWERTY. Ailleurs, c’est le QWERTY, présent sur les ordinateurs portables, les claviers mécaniques et presque tous les ordinateurs du monde. On apprend où sont les touches, on développe une mémoire musculaire, et on finit par ne plus penser du tout à leur disposition.
Mais le QWERTY et ses cousins ne sont pas les seules options. Des dispositions de clavier alternatives comme Dvorak, Colemak, Colemak-DH et Workman cherchent à rendre la frappe plus efficace en changeant les lettres qui se trouvent sous chaque doigt.
La question est la suivante : quelle différence une disposition de clavier fait-elle vraiment ?
Pour le savoir, nous avons construit une expérience interactive sur The Typing Cat. Notre laboratoire de comparaison des dispositions de clavier te permet de choisir parmi plus de 40 dispositions et d’en comparer côte à côte autant que tu veux, de regarder des mains animées taper le même texte et de mesurer la distance parcourue par chaque doigt et chaque poignet.
Et les résultats sont étonnamment nets.
La réponse courte
Sur le même texte anglais de 5 847 caractères, toutes les dispositions alternatives populaires ont demandé environ 42–45 % de trajet modélisé des doigts en moins que le QWERTY. Workman a demandé le moins des six dispositions classiques (84,37 m contre 152,86 m pour le QWERTY), Colemak a gardé le plus de lettres sur la rangée de base (73 %) et Dvorak a le plus souvent changé de main (67 %). L’AZERTY, lui, a demandé 11 % de trajet en plus que le QWERTY sur ce texte anglais. Mais moins de mouvement ne veut pas dire frappe plus rapide : pour la plupart des gens, l’entraînement et la précision comptent plus que la disposition.
Une remarque importante si tu tapes en français : nous avons mesuré avec un texte en anglais. Le français n’a pas la même fréquence des lettres (le e y domine encore plus nettement, le k et le w sont rares) et il utilise des lettres accentuées, le ç et des apostrophes en grand nombre. Les chiffres ne se transposent donc pas tels quels à la frappe en français. Dans le laboratoire, tu peux coller n’importe quel texte, y compris un texte en français.
Des chiffres étonnants : jusqu’à 45 % de mouvement des doigts en moins
Nous avons fait taper le même texte anglais de 5 847 caractères à six dispositions populaires avec notre simulateur de mouvement au clavier. Voici le résultat :
| Disposition de clavier | Trajet des doigts | Réduction par rapport au QWERTY | Usage de la rangée de base |
|---|---|---|---|
| QWERTY | 152,86 m | — | 36 % |
| Dvorak | 88,28 m | 42 % | 71 % |
| Colemak | 88,81 m | 42 % | 73 % |
| Colemak-DH | 87,52 m | 43 % | 66 % |
| Workman | 84,37 m | 45 % | 67 % |
| Workman Programmer | 85,73 m | 44 % | 67 % |
Source : laboratoire de comparaison des dispositions de clavier de The Typing Cat. Les résultats correspondent au trajet modélisé des doigts sur le texte d’exemple par défaut, et non à des mouvements mesurés chez de vraies personnes. L’usage de la rangée de base est la part des lettres tapées sans quitter la rangée de base.
Sur ce texte précis, le QWERTY demande environ 153 mètres de trajet total des doigts. Workman, seulement 84.
Cela fait environ 68 mètres de mouvement modélisé des doigts supprimés simplement en réorganisant les touches.
Mais avant de jeter ton clavier, il y a une chose importante à comprendre. Moins de mouvement des doigts ne veut pas forcément dire frappe plus rapide. Voyons pourquoi.
1. QWERTY : la disposition que tout le monde connaît
Le QWERTY remonte à l’époque des machines à écrire mécaniques, dans les années 1870. Sa mise au point a été guidée par les limites techniques et les besoins pratiques de ces premières machines.
Aujourd’hui, ces contraintes mécaniques ont disparu, mais le QWERTY reste la norme mondiale.
Son plus grand avantage n’est pas l’efficacité ergonomique, c’est la familiarité. Presque tous les claviers physiques utilisent le QWERTY ou une variante régionale, comme l’AZERTY, le QWERTZ ou le canadien français. Les systèmes d’exploitation le prennent en charge par défaut, les raccourcis des logiciels sont pensés pour lui, et la plupart des cours de dactylographie l’enseignent.
Ses inconvénients apparaissent quand on regarde le mouvement des doigts. Dans notre comparaison, le QWERTY ne tape que 36 % des lettres sur la rangée de base, contre plus de 70 % pour Colemak et Dvorak.
La rangée de base est celle où tes doigts reposent naturellement : A S D F pour la main gauche, et J K L suivi du point-virgule pour la main droite sur un clavier QWERTY (Q S D F et J K L M en AZERTY). Quand les lettres les plus fréquentes sont ailleurs, les doigts doivent sans cesse quitter leur position de repos.
Le QWERTY produit aussi un nombre assez élevé de frappes successives qui obligent le même doigt à passer d’une touche à une autre.
Est-ce que cela fait du QWERTY une mauvaise disposition ? Pas forcément. Des personnes entraînées en QWERTY atteignent des vitesses extraordinaires. Leur mémoire musculaire, leur précision, leur rythme et leurs années de pratique comptent souvent plus que l’efficacité théorique d’une disposition.
Idéal pour : la plupart des gens, les ordinateurs partagés, les débuts en dactylographie, et toute personne qui ne veut pas réapprendre à taper.
Et les claviers francophones ?
Le français se tape sur quatre grandes dispositions, toutes proches du QWERTY. L’AZERTY français, né sur les machines à écrire françaises dans les années 1890, inverse le A et le Q, le Z et le W, place le M à côté du L et met é, è, ç et à sur la rangée des chiffres ; les chiffres, eux, demandent Maj. L’AZERTY belge garde les mêmes lettres, avec une autre ponctuation. Le suisse romand, utilisé aussi au Luxembourg, est un QWERTZ : le Y et le Z sont inversés par rapport au QWERTY, é et à sont à droite du L et è à droite du P, et les chiffres se tapent sans Maj. Le canadien français, la disposition proposée par défaut par Windows pour le français au Canada, garde toutes les lettres du QWERTY et ajoute une touche é à côté de la touche Maj droite et des touches mortes pour les autres accents.
Nous avons fait taper le même texte anglais à ces quatre dispositions, avec le même modèle :
| Disposition de clavier | Trajet des doigts | Écart avec le QWERTY | Usage de la rangée de base | Paires avec le même doigt |
|---|---|---|---|---|
| AZERTY français | 169,78 m | 11 % de plus | 30 % | 8,5 % |
| AZERTY belge | 169,94 m | 11 % de plus | 30 % | 8,4 % |
| Suisse romand | 154,91 m | 1 % de plus | 36 % | 8,5 % |
| Canadien français | 156,05 m | 2 % de plus | 36 % | 7,9 % |
Même texte anglais et même modèle que plus haut. QWERTY : 152,86 m, 36 % sur la rangée de base, 7,9 % de paires avec le même doigt.
Sur un texte anglais, l’AZERTY perd du terrain parce que le A, une lettre très fréquente, quitte la rangée de base et que le point et les chiffres demandent Maj. Le suisse romand et le canadien français gardent les lettres de la rangée de base du QWERTY et restent très proches de lui ; l’écart vient surtout de la ponctuation, placée ailleurs. Rien de tout cela ne dit comment ces dispositions se comportent en français, la langue pour laquelle elles ont été conçues : pour le savoir, colle un texte français dans le laboratoire et compare les dispositions francophones. Chacune a aussi sa page, avec son histoire et ses variantes : AZERTY, QWERTZ et QWERTY, où figure le canadien français.
Si tu cherches une disposition optimisée pour le français, tu tomberas vite sur le BÉPO. Né au début des années 2000 dans une communauté de passionnés, il tire son nom des premières touches de sa rangée supérieure et reprend l’idée du Dvorak pour le français : les voyelles sont regroupées à gauche sur la rangée de base. La norme française de 2019 sur les claviers (NF Z71-300) le décrit à côté d’un AZERTY amélioré. The Typing Cat ne le propose pas pour l’instant : il ne figure ni dans le laboratoire ni dans les cours.
2. Dvorak : repenser le clavier de zéro
Le clavier simplifié Dvorak a été mis au point par August Dvorak et William Dealey dans les années 1930.
Au lieu de conserver l’ordre du QWERTY, le Dvorak réorganise le clavier selon la fréquence des lettres et l’alternance des mains. Son trait le plus reconnaissable est de placer les voyelles sur la partie gauche de la rangée de base et beaucoup de consonnes fréquentes sur la droite. Les mains ont ainsi tendance à alterner quand on tape les mots anglais les plus courants.
Dans notre simulation, le Dvorak a réduit le trajet modélisé des doigts d’environ 42 % par rapport au QWERTY. Il a aussi atteint 67 % d’alternance des mains, le taux le plus élevé des six dispositions comparées par défaut. Cela peut créer un rythme de frappe bien particulier, la main gauche et la main droite prenant souvent le relais l’une de l’autre.
L’inconvénient, c’est l’apprentissage. Passer du QWERTY au Dvorak, c’est réentraîner une bonne partie de ta mémoire musculaire, y compris l’emplacement des raccourcis habituels.
Idéal pour : les personnes qui aiment alterner les mains en tapant et qui sont prêtes à changer nettement de disposition.
3. Colemak : l’efficacité sans tout abandonner
Colemak est apparu en 2006 avec une autre philosophie : et si l’on pouvait rendre la frappe plus efficace tout en gardant certains des traits les plus familiers du QWERTY ?
Colemak conserve plusieurs touches du QWERTY à leur place, dont celles des raccourcis les plus courants comme Z, X, C et V. L’objectif est de réduire le trajet des doigts et les combinaisons de touches inconfortables sans rendre la transition aussi déstabilisante qu’avec le Dvorak.
Dans notre comparaison, Colemak a demandé environ 89 mètres de trajet des doigts, soit 42 % de moins que le QWERTY. Il a aussi obtenu le plus fort usage de la rangée de base des six dispositions : 73 %. Autrement dit, près de trois lettres sur quatre de notre texte ont été tapées sur la rangée où les doigts reposent naturellement.
Colemak a aussi fait passer les transitions avec le même doigt de 7,9 % en QWERTY à seulement 1,5 % dans notre modèle.
Pour quelqu’un qui tape des milliers de mots par jour, c’est un compromis intéressant : un grand changement dans les mouvements sans abandonner complètement les emplacements de touches familiers.
Idéal pour : les personnes habituées au QWERTY qui veulent une disposition plus optimisée avec une transition relativement abordable.
4. Colemak-DH : un réglage fin du mouvement des doigts
Colemak-DH pousse plus loin l’idée de départ de Colemak. Son but principal est de réduire les extensions latérales des index, surtout vers les colonnes centrales d’un clavier standard.
C’est important, parce que tous les mouvements des doigts ne sont pas aussi confortables. Une touche peut être physiquement proche du doigt et demander malgré tout un étirement de côté inconfortable.
Colemak-DH déplace le D et le H vers des positions censées donner des mouvements plus confortables, et sur un clavier standard aux rangées décalées, il se tape avec l’« angle mod » : la rangée inférieure de la main gauche est frappée avec un doigt de décalage, pour que l’auriculaire n’ait jamais à descendre.
Dans notre simulation, Colemak-DH a demandé 87,52 mètres de trajet des doigts, un peu moins que le Colemak standard. Son taux de transitions avec le même doigt n’était lui aussi que de 1,5 %.
La différence entre Colemak et Colemak-DH peut sembler minime en chiffres, mais on choisit souvent une disposition alternative pour la sensation de certains mouvements plutôt que pour la seule distance totale.
Idéal pour : les personnes qui veulent affiner les mouvements du Colemak, surtout sur un clavier ergonomique ou séparé.
5. Workman : optimiser la façon dont les doigts bougent
Workman aborde l’optimisation du clavier en remettant en cause une hypothèse simple : suffit-il de réduire au minimum la distance totale parcourue par les doigts ?
Sa conception tient compte des extensions latérales et des capacités différentes de chaque doigt. Après tout, l’index et l’auriculaire n’ont ni la même force ni le même confort pour faire les mêmes mouvements.
Dans notre comparaison par défaut, Workman a obtenu le trajet modélisé des doigts le plus court des six dispositions : 84,37 mètres contre 152,86 mètres pour le QWERTY, soit 45 % de moins.
C’est un résultat impressionnant, mais il ne fait pas de Workman la meilleure disposition de clavier pour tout le monde. Notre simulateur mesure le mouvement avec un modèle géométrique défini. La frappe réelle dépend aussi de la coordination des doigts, de la technique personnelle, de l’effort, des habitudes acquises et du texte tapé. Les performances de Workman varient aussi selon la langue et la répartition des caractères du texte : en français, le résultat peut être différent.
Cela reste une démonstration fascinante de l’ampleur avec laquelle l’ordre des lettres peut changer les mouvements physiques nécessaires pour taper un texte.
Idéal pour : les passionnés de claviers qui s’intéressent à l’optimisation du mouvement des doigts et aux dispositions ergonomiques alternatives.
6. Et pour programmer ?
La programmation pose des questions tout à fait différentes. Écrire du code implique de la ponctuation, des crochets, des chiffres, des opérateurs et des symboles qui apparaissent moins souvent dans l’anglais ordinaire. Une disposition optimisée pour la prose n’est pas forcément idéale pour écrire du JavaScript, du Python, du Rust ou d’autres langages.
C’est pour cela qu’il existe des variantes pensées pour la programmation. Par exemple, Workman Programmer reprend l’ordre des lettres de Workman mais modifie l’accès à la rangée des chiffres et aux symboles. Notre outil de comparaison inclut aussi Programmer Dvorak.
L’essentiel à retenir, c’est que l’efficacité en programmation dépend du texte que tu tapes réellement. Un texte fait de phrases anglaises ordinaires favorise d’autres mouvements qu’un code source plein d’accolades, de crochets, de ponctuation et d’opérateurs. Sur les claviers francophones s’ajoute le fait que beaucoup de ces symboles demandent Maj ou Alt Gr.
Si tu programmes, compare les dispositions sur des extraits de code plutôt que de te fier uniquement à de la prose anglaise. (Si tu te demandes quelle importance a la vitesse de frappe pour programmer, lis à quelle vitesse il faut taper pour programmer.)
Au-delà des classiques : les dispositions modernes et expérimentales
La conception des dispositions de clavier ne s’est pas arrêtée avec Dvorak, Colemak ou Workman. Une communauté de passionnés de plus en plus large continue d’expérimenter des façons de réduire les mouvements de doigts inconfortables et de rendre la frappe plus fluide.
Notre laboratoire comprend des dispositions comme Gallium, Graphite, Sturdy, Semimak, Canary et Engram. Voici leurs résultats sur le même texte :
| Disposition de clavier | Trajet des doigts | Réduction par rapport au QWERTY | Paires avec le même doigt | Alternance des mains |
|---|---|---|---|---|
| Graphite | 85,41 m | 44 % | 1,0 % | 66 % |
| Gallium | 85,62 m | 44 % | 1,1 % | 66 % |
| Semimak | 90,23 m | 41 % | 0,8 % | 64 % |
| Sturdy | 90,59 m | 41 % | 0,8 % | 60 % |
| Engram | 93,90 m | 39 % | 2,8 % | 61 % |
| Canary | 95,74 m | 37 % | 1,4 % | 60 % |
Même texte et même modèle que plus haut. QWERTY : 152,86 m, 7,9 % de paires avec le même doigt, 55 % d’alternance des mains.
Remarque que ces six dispositions modernes ne gagnent pas sur la distance : Workman parcourt toujours moins que chacune d’elles. Ce qu’elles font, c’est ramener la frappe avec le même doigt à environ 1 % ou moins, et Sturdy et Semimak descendent à 0,8 %, soit à peu près un dixième du taux du QWERTY.
Encore plus de dispositions : onze ajouts récents
Nous avons depuis ajouté onze dispositions au laboratoire, d’une conception de 2001 pour claviers profilés à des dispositions communautaires de 2023. Voici leurs résultats sur le même texte :
| Disposition de clavier | Trajet des doigts | Réduction par rapport au QWERTY | Paires avec le même doigt | Alternance des mains |
|---|---|---|---|---|
| Halmak | 83,14 m | 46 % | 3,1 % | 65 % |
| MTGAP | 84,40 m | 45 % | 1,5 % | 62 % |
| APT | 85,05 m | 44 % | 1,7 % | 59 % |
| Gallium Colstag | 85,66 m | 44 % | 1,1 % | 66 % |
| Nerps | 85,92 m | 44 % | 1,1 % | 65 % |
| Arensito | 87,18 m | 43 % | 1,4 % | 51 % |
| RSTHD | 87,83 m | 43 % | 1,5 % | 55 % |
| Soul | 88,24 m | 42 % | 1,6 % | 54 % |
| Hands Down Neu | 90,09 m | 41 % | 1,0 % | 68 % |
| Recurva | 96,26 m | 37 % | 0,9 % | 62 % |
| BEAKL 15 | 103,32 m | 32 % | 2,9 % | 68 % |
Même texte et même modèle que plus haut. QWERTY : 152,86 m, 7,9 % de paires avec le même doigt, 55 % d’alternance des mains.
Halmak, produite par un algorithme génétique en 2016, est la première disposition de nos tests à parcourir moins que Workman : 83,14 mètres, soit 46 % de moins que le QWERTY. Son taux de paires avec le même doigt, 3,1 %, est bien au-dessus de celui des dispositions communautaires les plus récentes : la distance et la frappe avec le même doigt tirent dans des directions opposées. MTGAP, autre disposition optimisée par ordinateur, arrive à quelques centimètres de Workman avec la moitié de son taux de paires avec le même doigt.
Recurva et Hands Down Neu sont à l’autre bout. Elles parcourent davantage, mais gardent les paires avec le même doigt autour de 1 % ou moins, et Hands Down Neu change de main sur 68 % des frappes, à égalité avec BEAKL 15 et plus que le Dvorak.
Certaines de ces dispositions ont été conçues pour des claviers que notre modèle ne prend pas en compte. RSTHD place le E sur une touche de pouce d’un clavier séparé, Arensito a été créé pour des claviers profilés avec des touches de pouce, et BEAKL s’appuie sur sa propre couche de symboles. Nous testons les versions de leurs auteurs pour claviers standard, ou leurs seules lettres : prends donc ces chiffres comme une indication sur l’ordre des lettres plutôt que sur la conception complète.
Chaque disposition de cet article a sa propre page dans notre galerie des dispositions de clavier, avec son histoire, ses avantages et ses inconvénients, et des statistiques mesurées sur un échantillon d’anglais plus large.
Tu peux aussi explorer des dispositions de transition comme Minimak et Tarmak, conçues pour s’éloigner du QWERTY plus progressivement, ainsi que des dispositions régionales comme l’AZERTY, le QWERTZ et le QZERTY, et les quatre dispositions francophones.
Ces conceptions n’optimisent pas toutes la même chose. Certaines privilégient l’usage de la rangée de base. D’autres cherchent à réduire les mouvements répétés d’un même doigt, à favoriser des enchaînements de lettres confortables ou à équilibrer le travail entre les mains. C’est pour cela qu’il est si intéressant de les comparer visuellement.
Qu’est-ce qui rend une disposition de clavier efficace ?
L’efficacité de la frappe est plus compliquée que le nombre de lettres sur la rangée de base. Pour construire notre outil de comparaison, nous avons retenu plusieurs caractéristiques mesurables.
Le trajet des doigts
Il mesure la distance totale parcourue par chaque doigt entre sa position de base et les touches qu’il frappe. Moins de mouvement peut indiquer une frappe plus compacte. Mais un trajet plus court ne garantit ni moins de fatigue ni une vitesse plus élevée.
Le trajet des poignets
Les doigts ne bougent pas toujours indépendamment de la main. Pour atteindre des touches éloignées, la main et le poignet peuvent aussi se déplacer. Notre simulateur estime le mouvement du poignet avec un modèle géométrique dans lequel la main accompagne une partie du chemin du doigt qui va le plus loin.
Cela permet de comparer les dispositions avec les mêmes hypothèses, même si ce n’est pas une mesure directe du mouvement réel d’un poignet humain.
L’usage de la rangée de base
La rangée de base offre une position de repos pratique pour taper sans regarder. Une disposition qui utilise beaucoup la rangée de base place les caractères les plus tapés sous la position de repos des doigts.
Sur notre texte d’exemple, le QWERTY atteint 36 % d’usage de la rangée de base, contre 73 % pour Colemak (et 30 % pour l’AZERTY). C’est un écart important dans la fréquence à laquelle les doigts doivent quitter leur rangée de départ.
Les transitions avec le même doigt
Imagine que tu tapes deux lettres de suite avec le même doigt, mais sur deux touches différentes. Ce doigt doit se déplacer et frapper à nouveau avant que la suite puisse continuer. Notre comparaison a trouvé :
- QWERTY : 7,9 %
- Dvorak : 3,2 %
- Colemak : 1,5 %
- Colemak-DH : 1,5 %
- Workman : 2,0 %
Plus le pourcentage est bas, moins il y a de ces transitions potentiellement inconfortables.
L’alternance des mains
L’alternance des mains mesure la fréquence à laquelle deux frappes successives passent d’une main à l’autre. Le Dvorak met l’accent sur ce principe et atteint 67 % d’alternance des mains dans notre comparaison par défaut.
D’autres dispositions privilégient des enchaînements confortables avec la même main, qu’on appelle parfois des roulements (en anglais, rolls). Aucune de ces deux philosophies ne l’emporte automatiquement dans toutes les situations. Chaque personne peut préférer d’autres mouvements.
Comment nous avons mesuré
Toutes les dispositions tapent le même texte sur le même clavier ANSI standard, avec 19,05 mm entre les touches. Les doigts partent de la rangée de base. Chaque frappe envoie son doigt de l’endroit où il se trouve jusqu’à la touche ; quand un autre doigt tape la touche suivante, le premier revient à sa position de base, si bien qu’une série sur un même doigt va de touche en touche et que tout le reste est un aller-retour. Les majuscules ajoutent la touche Maj de l’autre main, et les pouces reposent sur la barre d’espace. Les dispositions conçues pour l’angle mod (Colemak-DH, Sturdy et Canary) sont tapées de cette façon. Le modèle est le même pour toutes les dispositions, donc les chiffres sont comparables entre eux, mais ce sont des estimations, pas des mesures sur de vraies mains. Le texte d’exemple étant en anglais, il ne contient pas de lettres accentuées, et le modèle ne les prend donc pas en compte.
Essaie toi-même : regarde plus de 40 dispositions de clavier s’affronter
Lire des explications sur le mouvement des doigts, c’est une chose. Le voir, c’est beaucoup plus parlant. C’est pour cela que nous avons créé le laboratoire de comparaison des dispositions de clavier.
Au lieu de s’en tenir aux graphiques, l’outil anime la frappe sur plusieurs dispositions de clavier en même temps. Voici ce que tu peux faire :
- Choisis tes dispositions. N’importe lesquelles parmi plus de 40, dont QWERTY, Dvorak, Colemak, Workman et beaucoup d’alternatives expérimentales. Douze claviers s’affichent à la fois.
- Choisis le texte. Utilise le texte proposé ou remplace-le par le tien, qu’il s’agisse de prose ordinaire (par exemple un texte en français, pour voir comment les dispositions s’en sortent avec une autre fréquence des lettres) ou de code.
- Règle la vitesse de frappe. Choisis la vitesse de l’animation et observe les différences dans les mouvements des mains et des doigts.
- Regarde les claviers. Suis les mains animées et explore la visualisation des doigts ou la carte de chaleur du clavier.
- Compare les résultats. Examine le trajet des doigts et des poignets, l’usage de la rangée de base, les transitions avec le même doigt et l’alternance des mains.
Tu peux même choisir une autre disposition de référence au lieu de tout comparer au QWERTY : la première disposition que tu choisis sert de référence. Si tu tapes en AZERTY, choisis-la en premier.
L’important, c’est que chaque disposition traite le même texte avec les mêmes hypothèses de simulation, ce qui rend les différences faciles à examiner.
Comparer les dispositions de clavier de façon interactive →
Une disposition plus efficace te fait-elle vraiment taper plus vite ?
C’est là que les choses deviennent intéressantes. Notre comparaison montre que les dispositions alternatives peuvent réduire fortement le mouvement modélisé des doigts. Mais une baisse du mouvement n’est pas une hausse mesurée des mots par minute.
Les performances de frappe dépendent de plusieurs facteurs :
- La mémoire musculaire et l’expérience
- La précision et la correction des erreurs
- La coordination entre les doigts
- La familiarité avec les mots courants
- Le rythme de frappe
- Le confort physique
- La régularité de l’entraînement
Une personne qui tape en AZERTY ou en QWERTY depuis 15 ans peut être bien plus rapide qu’une personne qui s’entraîne en Colemak depuis quelques semaines. Changer de disposition te ralentit au début, parce que ton cerveau doit créer de nouvelles associations entre les lettres et les mouvements des doigts. Et même une fois la nouvelle disposition apprise, rien ne garantit une vitesse plus élevée.
Et si tu passes l’essentiel de ta journée de travail à utiliser des raccourcis clavier, à changer d’ordinateur ou à travailler sur des postes partagés, la compatibilité peut valoir plus que l’efficacité théorique. En France et en Belgique, presque tous les ordinateurs que tu croiseras seront en AZERTY ; en Suisse romande, en QWERTZ suisse ; au Canada, souvent en canadien français.
La meilleure disposition de clavier n’est pas forcément celle qui demande le moins de mouvement. C’est celle qui te permet de taper avec précision, confort et régularité dans ton vrai environnement de travail. (Pour le côté confort, lis notre guide sur l’ergonomie du clavier et la prévention des troubles musculosquelettiques.)
Alors, quelle disposition de clavier choisir ?
Il n’y a pas de gagnante universelle, mais il y a quelques points de départ raisonnables.
| Ta priorité | Disposition à envisager |
|---|---|
| Compatibilité maximale | Celle de ton pays : AZERTY en France et en Belgique, QWERTZ suisse en Suisse romande, canadien français ou QWERTY au Canada |
| Beaucoup d’alternance des mains | Dvorak |
| Fort usage de la rangée de base | Colemak |
| Moins d’extensions latérales de l’index | Colemak-DH |
| Faible trajet modélisé des doigts sur notre échantillon | Halmak, Workman ou MTGAP |
| Très peu de frappe avec le même doigt | Semimak, Sturdy, Graphite ou Recurva |
| Explorer des dispositions pensées pour la programmation | Workman Programmer ou Programmer Dvorak |
| Transition progressive depuis le QWERTY | Minimak ou Tarmak |
Si ta vitesse et ton confort de frappe te conviennent déjà, rien ne presse pour changer. Si l’ergonomie du clavier t’intéresse ou si tu aimes optimiser ton poste de travail, essayer des dispositions alternatives peut être très enrichissant.
Et si tu apprends tout juste à taper sans regarder, souviens-toi qu’une bonne technique et une bonne précision comptent, quelle que soit la disposition choisie. Nos cours de dactylographie fonctionnent avec toutes les dispositions de cet article, y compris l’AZERTY français et belge, le suisse romand et le canadien français : choisis la tienne dans tes paramètres et le clavier visuel s’adapte.
Questions fréquentes
Quelle disposition de clavier demande le moins de mouvement des doigts ?
Dans le laboratoire de comparaison des dispositions de The Typing Cat, sur un texte anglais de 5 847 caractères, Halmak a demandé le trajet modélisé des doigts le plus court (83,14 m, 46 % de moins que les 152,86 m du QWERTY), devant Norman (84,31 m), Workman (84,37 m) et MTGAP (84,40 m). Parmi les six dispositions populaires que la comparaison affiche par défaut, c’est Workman qui parcourt le moins.
Le Dvorak est-il meilleur que le QWERTY ?
Sur notre texte d’exemple, le Dvorak a demandé 42 % de trajet modélisé en moins que le QWERTY, a placé 71 % des lettres sur la rangée de base contre 36 % pour le QWERTY et a changé de main sur 67 % des frappes. C’est moins de mouvement, pas un gain de vitesse prouvé : une personne entraînée en QWERTY peut taper tout aussi vite, et changer demande des semaines de réapprentissage.
Quelle est la différence entre Colemak et Colemak-DH ?
Colemak-DH éloigne le D et le H des colonnes centrales, pour que les index se déplacent moins souvent sur le côté ; sur un clavier standard, il se tape avec l’« angle mod ». Dans notre modèle, il a parcouru 87,52 m contre 88,81 m pour Colemak ; les deux ont tapé 1,5 % des paires de frappes avec le même doigt.
Changer de disposition de clavier va-t-il me faire taper plus vite ?
Pas forcément. Une disposition peut réduire nettement le mouvement des doigts, mais la vitesse de frappe dépend aussi de la mémoire musculaire, de la précision, du rythme et de l’entraînement. Changer te ralentit au début, et rien ne garantit une vitesse plus élevée ensuite.
Quelle est la meilleure disposition de clavier pour programmer ?
Tout dépend du code que tu écris. Les dispositions sont en général optimisées pour la prose anglaise, alors que le code est plein de crochets, de symboles et de chiffres. Des variantes pour la programmation comme Workman Programmer et Programmer Dvorak modifient la rangée des chiffres et les symboles ; compare les dispositions sur tes propres extraits de code plutôt que sur de la prose.
Qu’apportent les dispositions modernes comme Gallium, Graphite et Semimak ?
Elles visent surtout à réduire les frappes successives du même doigt et à obtenir des enchaînements de lettres confortables, plus qu’à raccourcir la distance totale. Sur notre texte d’exemple, Sturdy et Semimak n’ont tapé que 0,8 % des paires de frappes avec le même doigt et Graphite 1,0 %, contre 7,9 % pour le QWERTY, tout en réduisant le trajet des doigts de 41 à 44 %.
Pour conclure : ton clavier offre plus de possibilités que tu ne le crois
Nous utilisons le QWERTY et ses variantes depuis si longtemps que leur disposition paraît presque inévitable. Elle ne l’est pas.
Déplacer quelques lettres change les doigts qui font le travail. En déplacer davantage peut transformer en profondeur la façon dont tes mains se déplacent sur le clavier.
Notre simulation a trouvé une réduction de 45 % du trajet modélisé des doigts entre le QWERTY et Workman sur le texte par défaut. Cela ne prouve pas que Workman rendra tout le monde plus rapide, mais cela montre à quel point la conception d’une disposition peut influencer les mouvements de frappe.
Et maintenant, tu peux explorer ces différences toi-même : ouvre le laboratoire de comparaison des dispositions de clavier de The Typing Cat →
Compare tes dispositions préférées, essaie ton propre texte, en français aussi, et regarde ce qui se passe. Tu découvriras peut-être que la disposition de clavier que tu as toujours utilisée n’est pas la seule qui mérite d’être envisagée.
Et quelle que soit la disposition choisie, tu peux toujours tester ta vitesse de frappe et continuer à progresser avec The Typing Cat.




